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Prix Jean Renoir des lycéens

CRITIQUE N°5 - SOY NERO

Par ANAIS HANSE, publié le lundi 27 mars 2017 15:49 - Mis à jour le mardi 20 juin 2017 09:49
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Soy Nero. C'est le titre du deuxième film que les élèves de 1COM ont découvert dans le cadre du Prix Jean Renoir. Mme Ruffin, professeur de lettres de la classe, nous donne son avis sur le film.

      Le film commence par du son : le bruit des pales d'un hélicoptère.

Puis, les choses se précisent. Un homme, jeune, se fait plaquer au sol dans un paysage désertique. Où sommes nous ? Aux USA ? Sûrement, car le gars se retrouve interrogé par un américain. D'où viens-tu ? As-tu tes papiers ? lui demande t-on.

    Cette peur de l'autre, ces questions blessantes, on les retrouvera encore dans le film.

    Un personnage incarné bien les deux facettes de l'Amérique : le type qui prend Nero en stop. Personne ne s'arrête pour un gars basané.  Lui s'arrête pour Nero. Le gars semble sympa, sa fille sur la banquette arrière se prend pour Maya l'abeille. Puis, tout à coup. Changement de ton. "Tu n'es pas capable de prend le pistolet qui est dans le vide poche aussi vite que moi !". Que cherche cet homme ? Provoquer Nero ? Lui montrer qui commande ? Il lui montre surtout ce qu'est les États-Unis : un pays formidable, généreux mais aussi un pays violent dominé par cette folie des armes.

Et à chaque fois que l'on pense avoir compris quelque-chose sur un personnage ou une situation, le cinéaste casse tout : l'épisode du "check-point" nous le montre aussi.  

     Une voiture arrive en direction des soldats américains, le soldat tire. On se dit. Quoi ? Il a tué un pauvre innocent. Et bien non ! La voiture explose peu de temps après, elle était bien piégée...autre exemple : le frère de Nero habite le quartier le plus huppé de L'os Angeles. On se dit (comme Nero) il a dû faire fortune dans la drogue. Non ! On découvre qu'il n'est qu'un simple domestique au service des blancs...on véhicule ainsi les mêmes stéréotypes répandus dans la société blanche américaine : de quoi peut bien vivre un mexicain richissime aux USA, sinon de la drogue ? Impossible pour eux de s'insérer et de se transformer en milliardaires…

     Parlons maintenant de la fin du film. Énigmatique ? Surprenante ? Nero est récupéré sur une route par des soldats Américains en patrouille. Sauf qu'il y a un "hic". Ils soupçonnent Nero. C'est vrai, Nero ne ressemble plus guère à un soldat américain. Il ne porte plus son casque. Il a un pantalon de l'armée et une mitraillette. C'est tout. Et il est seul. Comme au début. Alors, on le met en joug, on le fouille, on lui demandent son numéro de sécurité sociale.    

    Comment un type poursuivi par des djihadistes qui a perdu tous ses potes dans le désert peut-il se souvenir de son numéro de sécu ? Nouvelle humiliation pour Nero qui voulait tant devenir américain,  respecte les gens, les ordres. A aucun moment il ne bronche face à ses chefs. Chef qui perdent la tête. Le sergent du groupe va droit au suicide, sans broncher. Il se lève. Marche face à l'ennemi. Ça canarde de partout. Puis, il s'écroule. Marre de la vie. De cette vie. Pourrir à la frontière Irakienne ou Afghane. Attendre qu'une voiture arrive. Vivre avec la peur au ventre. Et puis, il y a ce silence, pendant des heures. Le sergent, il communique pas. Il parle pas. Il contient tout. Jusqu'au jour où il pète un plomb.

    Dernière image : Nero erre dans le désert, mitraillette au poing. Perdu. La mort l'attend...le cinéaste nous propose deux visions des choses. Aucune n'est positive. Dans les deux cas Nero est une victime. D'un système, et de la folie des hommes. A nous de choisir quelle fin on choisit. La première, plus optimiste ? Nero parviendra-T-il à prouver qui il est ? La deuxième ? Seul dans le désert, il rencontrera une patrouille qui ne lui posera pas des questions et qui sauront le lui dire "chapeau mec ! T'es le seul rescapé, tu vas avoir une médaille pour ça!"

     Faut-il vraiment désespérer des hommes après avoir vu Soy Nero ? Non. Il faut rendre hommage à des hommes. Des hommes qui ont quitté leur pays, leurs racines et que l'on renvoie quand ils remettent les pieds aux States, crevés d'une guerre qui n'est pas la leur, d'un pays qui ne veut pas d'eux mais qui est constitué d'immigrants.

    Alors oui, on a envie de rigoler quand des noirs américains de l'armée font preuve d'encore plus de racisme envers un "arabe" américain ou mexicain. Ça n'existe pas chez nous ? Pas sûr.

    Il faut se déplacer pour Soy Nero, même si on est troublé par la fin ou par ces longs moments de silence dans le désert...et puis, c'est du "vrai cinéma d'auteur", pas un film de guerre de plus. Il y a un vrai message : "rendre hommage à ces hommes que l'on renvoie chez eux après guerre". Des prises de vue magnifiques (les reflets de la lune sur l'eau, dans la nuit qui scintillent sur Nero). Le rêve. Comme celui de devenir vraiment américain.

 

  S.Ruffin

Pièces jointes